Numérisation et démocratie

Citoyens et institutions face à la numérisation de la démocratie en Suisse

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La numérisation a le potentiel de bouleverser les processus politiques et de transformer notre démocratie. Dans ce contexte de transition, TA-SWISS appelle la population et le monde politique à s’associer activement à ces changements. S’appuyant sur trois études distinctes, la Fondation pour l’évaluation des choix technologiques a examiné divers aspects de la numérisation et de son impact sur la démocratie. Les résultats sont maintenant disponibles.

La numérisation opère un profond changement structurel et, avec son énorme potentiel de mise en réseau, impacte aussi le monde politique. Facilitant la participation à la vie publique, elle crée de nouvelles opportunités de débat de société et enrichit le processus de formation de l’opinion politique. Toutefois, si elle présente des avantages pour la société et le monde politique, ceux-là sont également influencés par cette évolution.

Ainsi, tenant compte du pouvoir que l’on prête aux médias numériques dans ces deux domaines, et notamment aux réseaux sociaux, les trois études présentées par TA-SWISS examinent sous différents angles les changements induits par la numérisation dans les processus démocratiques et les formes de communication politique. Ces études voient dans la numérisation de la politique un potentiel considérable d’opportunités pour le processus démocratique de formation de l’opinion. Elles identifient également un certain nombre de défis étroitement liés aux avantages des nouveaux canaux de discours numériques et dévoilent ainsi leur ambivalence. En effet, la possibilité de participer au processus de formation de l’opinion dans un espace protégé par le droit à la liberté d’expression, libre de toute domination et de toute entrave, s’accompagne en même temps du risque de désinformation, de distorsion et de manipulation, voire de diffusion incontrôlée de fausses informations.

Opportunités

En ouvrant de nouveaux canaux de discours et de participation, la numérisation offre aux citoyennes et citoyens un accès plus rapide et plus complet à des informations politiques moins souvent filtrées par des gatekeepers, et favorise ainsi la libre formation de l’opinion – un avantage considérable dans le système démocratique suisse qui requiert de la part de l’électorat de nombreuses décisions politiques exigeantes.

Si les obstacles à la participation sont supprimés et que les coûts d’obtention des informations et de communication sont réduits, les groupes cibles qui, jusqu’à présent, n’étaient guère impliqués dans les processus politiques peuvent être mobilisés plus facilement. En outre, certaines idées, certains problèmes et certaines organisations (de petite taille ou financièrement limitées) peuvent acquérir une visibilité sans précédent.

Les plateformes en ligne permettent aux organisations politiques de se rapprocher des citoyennes et citoyens en communicant d’une manière plus directe et plus transparente. Les journalistes peuvent sélectionner et classer les informations des médias sociaux selon des critères de qualité journalistique, et élargir ainsi aux nouveaux médias le champ de leur contribution à la libre formation de la volonté politique.

Les outils que l’on appelle « civic tech », c’est-à-dire les instruments de participation numérique comme la collecte électronique (e-collecting) offrent des possibilités d’accès facilité qui peuvent contribuer à surmonter les inégalités existant dans le monde analogique en matière de participation aux processus politiques.

 

Risques

Il est possible que la numérisation favorise avant tout la participation des citoyennes et citoyens déjà politiquement actifs ou à l’aise avec les technologies numériques, et qu’elle cimente dans ce cas les modèles existants de participation et les inégalités socio-économiques.

Les plateformes de médias sociaux n’ont pas été créées pour le discours politique et ne sont donc pas non plus des outils démocratiques transparents. Or, la position oligopolistique des grands canaux d’information à vocation purement commerciale leur confère une influence disproportionnée sur le discours politique.

Avec la vitesse et le pouvoir de diffusion des contenus numériques, les fausses informations délibérées (fake news) peuvent avoir un impact beaucoup plus important et ainsi accroître la polarisation de la société.

Les nouveaux outils de participation numérique tels que l’e-collecting peuvent mener à une multiplication de référendums susceptible de surcharger le système politique. Pour une politique qui aspire à la concordance, les nouveaux canaux de discours et de participation peuvent constituer un obstacle à la prise en compte de toutes les voix pertinentes.

Recommandations

Les plateformes de participation numérique ont le potentiel de mobiliser des personnes qui restent en retrait de la vie politique. Toutefois, il faut veiller à ce que les processus de participation numérique gardent une composante « hors ligne » afin de ne pas renforcer les inégalités existantes et d’éviter l’émergence de nouveaux mécanismes d’exclusion. Ils doivent également être faciles à utiliser, notamment pour les jeunes et jeunes adultes, et rédigés dans un langage clair.

Si l’objectif est la participation du plus grand nombre, il faut également que les mécanismes de contrôle pour recouper les informations soient accessibles au plus grand nombre. Il peut s’agir par exemple d’une vérification des faits (fact checking) par des plateformes d’expertes et d’experts spécialisés, ou de la divulgation obligatoire de la source dans les campagnes politiques.

La Confédération doit prendre des mesures pour améliorer la cognition générale, c’est-à-dire la capacité à rechercher et à traiter des informations. Celles-ci ne doivent pas se limiter aux personnes en formation mais, étant donné l’âge moyen de l’électorat (57 ans), prendre également la forme de campagnes nationales d’éducation et de prévention destinées à l’ensemble de la population.

Pour perdurer, la démocratie doit évoluer avec la société. C’est tout particulièrement nécessaire dans le cas d’une évolution ambivalente comme la numérisation, qui peut renforcer notre démocratie mais aussi lui nuire. Son impact devrait donc faire l’objet d’un monitoring régulier et la population devrait être associée au débat en cours sur la façon de numériser la démocratie.

 

Liens et téléchargements

Organisation

Durée du projet

D’avril 2017 à septembre 2021

Mandataire 1 :

Urs Bieri, gfs.bern

Mandataire 2 :

Melanie Eberhard, Fédération Suisse des Parlements des Jeunes FSPJ

Mandataire 3 :

Anna Boos, Dezentrum

Groupe d’accompagnement

  • Moritz Leuenberger, Präsident der Begleitgruppe, Präsident des Leitungsausschusses von TA-SWISS
  • Dr Bruno Baeriswyl, Datenschutzexperte, Mitglied des Leitungsausschusses von TA-SWISS
  • Alenka Bonnard, staatslabor
  • Florian Evéquoz, Appel Citoyen
  • Fabrizio Gilardi, Institut für Politikwissenschaft, Universität Zürich
  • Dr Olivier Glassey, Sozial- und Politikwissenschaftliche Fakultät SSP, Universität Lausanne, Mitglied des Leitungsausschusses von TA-SWISS
  • Jürg Halter, Schriftsteller
  • Thomas Müller, Redaktor, Schweizer Radio und Fernsehen SRF, Mitglied des Leitungsausschusses von TA-SWISS
  • Barbara Perriard, Schweizerische Bundeskanzlei
  • Prof. Reinhard Riedl, Berner Fachhochschule BFH, Mitglied des Leitungsausschusses von TA-SWISS
  • Cédric Roy, E-Government Schweiz
  • Lara Tarantolo, Leiterin easyvote
  • Prof. Anke Tresch, FORS / Universität Lausanne
  • Monika Waldis, Zentrum für Demokratie Aarau